Réflexions autour de La Vraie Langue Celtique

 
 
Voici peu de temps Rico, membre de la communauté  RLC  et animateur sur le site  http://renneslechateau-fr.com  s’interrogeait sur l’implication de La Vraie Langue Celtique – œuvre littéraire de l’abbé Boudet – dans l’énigme de Rennes le Château. L’argument de sa réticence, expression de bon sens, tenait dans un exemple : pour un même thème prélevé dans le livre de l’abbé, une même phrase ou un même jeu de mots, autant d’observateurs s’efforceront d’en découvrir le sens caché, autant en délivreront des interprétations toutes différentes.
         Sur ces entrefaites, et afin de convaincre ce lecteur dubitatif que la VLC dissimulait bien des informations en rapport avec l’affaire, un auteur présent au débat, Pierre Silvain, mit en avant un exemple de traduction, prélevé dans une page du livre, reproduite ci-contre :
http://static.onlc.eu/rennes-en-razesNDD/optimised/132932653575.jpg« … le mot « throuide » se prononce « trou hide » (to hide = cacher). L’abbé précise que la clé de l’énigme se trouve à l’extrémité d’un trou caché… »
      Traduction heureuse, à la fois de simplicité, de    vraisemblance et d’à propos.
      A cette lecture s’ajoutèrent à la suite celles différentes, de divers participants (« Beecham », « Hermes » etc..) et le constat fut immédiatement vérifié que La Vraie Langue Celtique donnait lieu en effet à des interprétations distinctes et propres à chaque observateur.
      La recherche d’indices s’accompagne logiquement d’un soucis de clarté et de cohérence. Qu’espérer découvrir dans un document dont la même phrase dit à l’un « le trou est en haut » et à l’autre « le trou est en bas » ?
      Attitude toute rationnelle que cependant nous portons quelquefois à l’excès, emportés par notre enthousiasme et notre hâte à « trouver la solution ». La confrontation des idées favorise souvent ici une détermination très manichéenne : bon ou mauvais, vrai ou faux, etc… 
Une énigme peut en cacher une autre
      Les années passent et malgré les nombreux ouvrages qui lui ont été consacrés, aucune traduction de La Vraie  Langue Celtique ne s’est imposée avec certitude. Ne serait-il pas utile de tenter une autre voie ? Connaissant toutefois la fragilité des interprétations face à la complexité du sujet, j’entoure cette proposition de modestie et de réserve.
      Plutôt qu’à vouloir sans fin démontrer que l’on a découvert dans la Vraie Langue Celtique la clé unique et tant espérée de sa  lecture, pourquoi ne pas pratiquer à l’inverse ? Admettre que ce livre est riche naturellement d’une pluralité de sens et que c’est celle-ci, avant tout autre critère, qui atteste de son implication dans l’énigme de Rennes ?
      Puisque le débat s’est ouvert autour de la page 170, n’allons pas ailleurs chercher la vérification du propos ci-dessus.
I - Diverses interprétations d’une même expression :
Aux traductions déjà proposées du mot « drouides », ajoutons d’abord celle de Thierry Espalion. http://www.rlcpiedevigne.onlc.fr/69-Technique-de-cesure-Troui-des.html   Elle est compatible avec celle de « trou caché » (to hide).
* Citons l’abbé : «… et il a écrit Druides (drouides) au lieu de troui-des. Ce dernier terme permet de trouver aisément la clef de l’énigme. »
     A noter l’utilité de se référer à une reproduction conforme de la VLC. (Ici Bellissane). Nous voyons en effet que l’abbé a opté pour un écart différent des autres entre « lieu » et « de », ce qui a eu pour effet de déplacer le trait d’union entre le « i » et le « », mettant ainsi en évidence la syllabe « des » isolée en tête de ligne. Ce trait d’union aurait été sans cela entre le «u» et le « i ».  Il s’agit donc d’une manœuvre volontaire, destinée à préciser que « troui - des. Ce dernier terme permet etc »
Troui-des, terme en lequel, selon cette interprétation, nous pouvons lire sans effort : trois dés. Les dés en effet, ceux présents sur la station 14 du chemin de croix de Rennes le Château, suggèrent (entre autre indices évidemment !) une clé de l’énigme.
3 dés = trois sommets = un triangle
dés = cube = rectangle
* Valeurs affichées : 3, 4, 5 = triangle rectangle dit de Pythagore. Cette figure trouve une application concrète sur le terrain, conformément aux interprétation géographiques (voir documents en référence). 
* Si aux valeurs données 3, 4, 5 on ajoute celles suggérées par la présence de deux dés accolés (=2) et celle d’un dé isolé (=1) on obtient les chiffres 1,2,3,4,5.
* Unité de mesure, facteur du triangle désigné : 431m25.  Autre clé de l’énigme, s’il en est.
Interprétation qui met en outre en évidence la relation Boudet Saunière. 
* Nous comptons donc 4 interprétations possibles à partir du seul terme « druide », toutes quatre à ranger dans un chapitre que l’on pourrait globalement intituler : localisation.
Ce n’est évidemment pas là le seul thème visé par ce livre, ni par cette page.

 

Un livre hermétique
       La Vraie Langue Celtique s’apparente à un recueil d’herméneutique. Elle appelle à y discerner plusieurs niveaux de lecture, suivant un usage commun en ce domaine et hérité depuis le fond des temps (monsieur Boudet cite plusieurs fois Origène qui en était justement un promoteur). La raison de sa rédaction devrait être recherchée dans le cadre du mouvement ésotérique chrétien qui connut un  engouement certain au 19ème siècle.
      Ainsi, dans un premier sens littéral, cette page évoque dès les premières lignes la personnalité  des druides et l’origine de leur nom : « drus »  le chêne. Relation établie, dit-on, en écho au rituel pratiqué par les Druides au cœur des forets et au pied des chênes justement.
     Le thème de la spiritualité se profile déjà : qu’est-ce que le chêne, pour qu’il ait mérité tant d’attention chez les hommes de l’antiquité ? Son port sans doute, l’extension des branches et du feuillage, son enracinement, sa longue vie : il est l’arbre par excellence, dressé comme un lien entre ciel et terre. En cela même, il porte aussi en lui je crois, une charge plus secrète et  qui semble oubliée : il témoigne des mondes visibles et invisibles.
     Le druide, « homme du chêne » est donc celui qui s’interpose entre le ciel et les hommes, celui qui tient le lien.  Il est aussi celui qui connaît les choses cachées, attribut qu’il partage toutefois avec un concurrent inattendu.
    La suite de la page est tout aussi révélatrice de l’usage des symboles et la diversité des sens y propose une étrange ronde.

 

* «Le rameau ou la branche de chêne se traduisant, en grec, par  o druïnos clados…. »   Littéralement, l’expression se traduit en effet :
* « druïnos »  = de chêne
* « clados » = rameaux
    Traduction relevée dans le dictionnaire Grec-Français de Ch. Byzantius – Athènes, 1856
Le terme « druïnos » recouvre toutefois une autre signification que l’on trouvera dans le « dictionnaire étymologique des mots français dérivés du grec » – Jean Baptiste Morin – 1809
* « druïnos » = serpent. « …serpent venimeux. Il tire son nom de drus qui signifie chêne ou arbre en général, parce qu’il se cache entre les racines ou le creux des arbres »
    On aborde là le sens allégorique. Ainsi les ancêtres grecs, bien avant nos adeptes d’acrobaties littéraires, polissaient des mots comme des miroirs, reflets du cheminement de leurs émois et de leurs réflexions. Du vagabondage des observations et de la pensée, ils tressaient la diversité, pour qu’un seul mot ou une seule phrase en dise plus qu’un cours magistral ou une homélie.
Arbre et serpent, rassemblés sous un seul vocable, donnent la clé de bien des mystères. A l’écho qui nous revient de l’arbre d’Eden, dont l’Eternel avait défendu aux hommes l’approche, « arbre de la connaissance, du bien et du mal », elle apporte une réponse aux doutes que l’Enseignement n’a pu dissiper.
* Quel est le bien, quel est le mal ? En quoi le serpent fut-il tentateur ? Pourquoi fut-il désigné animal maudit, responsable de tous les maux de l’humanité ?
* De ses racines sous la terre à son feuillage dans les airs, le chêne n’est qu’un seul arbre dont nous ne voyons pourtant que son tronc et sa ramure. De même que son enracinement nous est invisible, nous ignorons que sous l’apparence des choses il existe un monde caché.
* Le serpent vient alors, depuis son antre de dessous terre et sa venue révèle l’existence de ce monde secret. Il passe sous nos yeux et tout aussi furtivement un sentiment s’insinue dans notre entendement, que pour découvrir une vérité il faut en connaître toutes les parties.
* Le druide alors s’inquiète. Lui, connaît les choses cachées et c’est son apanage de déterminer les degrés de la vérité. Va-t-il devoir partager la place ? Ainsi le druide, le premier des druides, a maudit le serpent.
* Est-il vraiment si dangereux de connaître le secret des choses ? Qui le dira ? Le druide ou le serpent ? Mieux vaut suivre le serpent, parce qu’il dit aux hommes qu’il faut voir dans le chêne l’image de la vérité.

 

Rameau de chêne et serpent. La mythologie, la Bible et le Nouveau Testament témoignent de symboles ou d’anecdotes face auxquels, au delà des interprétations qu’en ont fait les exégètes, il est  difficile de ne pas relever la suggestion au moins du rameau de chêne et  du serpent associés. Le bâton  d’Aaron, le caducée, la canne des évêques, etc…

 

* A propos de Clados : Monsieur Boudet, qui prônait le recours à l’anglais, ne pouvait ignorer que « clad » dans cette langue se traduit par « vêtu » ;  de même connaissait-il très certainement – puisqu’il en existe un très beau modèle dans une église proche de la région – cette curieuse représentation de la croix, sur laquelle est jeté, comme abandonné, un tissus blanc figurant nous dit-on, la tunique du Christ. Monsieur l’abbé savait-il enfin qu’une image absolument identique se trouve dans le répertoire des symboles alchimiques et que les adeptes nomment justement … le chêne ?!
 
* Oublierions-nous la langue  celtique, si chère à l’abbé ? Du vieux breton, du gaulois, le terme clados se traduit « creux, cavité ».
 
* Dans la notion encore de branche, rameau, « cled, cledo » des châtaigneraies d’Ardèche aux vallées pyrénéennes, expriment l’idée d’abri et de claies ou clayonnage.

 

* o druïnos clados  Nous avons donc collecté les traductions suivantes : Chêne, branche de chêne, creux, claies : immanquablement cela fait penser au tonneau. Tonneau en chêne. Traduction à laquelle nous ne devons pas oublier de joindre celle de « serpent ».
 Ainsi, d’une alchimie des mots et des idées, nous avons progressé insensiblement vers une alchimie traditionnelle ou du moins son langage. Quel que soit leur support, le mode d’expression ou la subtilité de la figuration, les évocations associant serpent et rameau sont des représentations de divers thèmes imbriqués parmi lesquels l’observateur choisira selon ses raisons, ses aspirations intimes ou sa perspicacité.
D’une lecture philosophique à une autre alchimique de ce même symbole, la proximité et la convenance sont toutefois si évidentes que la question se pose même : quelle fut l’intention première de son élaboration, quelle en fut la récupération ? Même réflexion vis à vis de la définition de Pline « o druïnos clados ». Etait-elle anodine ?
Dans une lecture alchimique, l’observateur devinera aisément sous l’image  des rameaux de chênes une évocation du tonneau et dans le rôle du serpent révélateur des choses cachées, l’action du souffre sur la matière minérale brute à laquelle il est mêlé. Action de sublimation et de corrosion qui ne peut s’accomplir que dans le tonneau. Le serpent  en nous, comme le souffre dans le tonneau, remplissent de part et d’autre une fonction similaire : celle de catalyseur dans la transformation d’un tout dont ils sont parties.
Lorsque la maturation dans le tonneau sera accomplie, le feu de souffre s’éteindra de lui-même. L’alchimiste en a repris l’image : le drapé abandonné sur la croix n’est autre que le souffre-serpent désormais inanimé. C’est pour résumer l’ensemble du processus qu’ il a nommé ce symbole : le chêne.
 
*Je m’interroge sur la neutralité de Pline, lorsqu’il rédigea ces chapitres. Quant à l’intention de l’abbé, elle ne laisse aucun doute, comme on le verra à la suite.
« Point de sacrifice sans les rameaux du chêne » dit Pline, qui précise à la suite que le rituel exigeait le sacrifice de taureaux blancs. Mais à qui sacrifiait-on ? Au dieu Mercure. Pourquoi des taureaux blancs ?
La transcription est trop aisée pour ne pas voir là une allégorie :  pour sacrifier à Mercure, (c’est à dire pour travailler au Grand Œuvre), il faut les rameaux de chêne (un tonneau en vue de macération ) et des taureaux blancs (symbole mercuriel).
Au chapitre XI du Livre XVI, Pline écrit : « … Les rouvres produisent aussi le gui (ce qu’il dément ailleurs) et aux dires d’Hésiode un miel. Il est certain que les rosées célestes tombant comme nous l’avons dit du haut du ciel, se déposent de préférence sur les feuilles de cet arbre. Il est certain encore que le rouvre brûlé donne une cendre nitreuse ».
Rosée céleste, cendre nitreuse ou, dans une formulation plus contemporaine : nitrate de potasse (que l’on obtient également des sarments de vigne brûlés). Indiscutablement, ces deux éléments font partie du répertoire alchimique. Ils sont cités par tous les auteurs de tous les temps, pour constituer « le dissolvant universel alchimique », quoique l’un et l’autre soient d’origine différente.  On les nomme encore « esprit ».
Pour que Pline ait jugé bon de les mentionner simultanément et en si peu de lignes, comme étant une caractéristique du chêne, c’est qu’il estimait que la vocation alchimique de cet arbre – réelle et allégorique – méritait d’être soulignée.

   

* Suggestions de l’abbé Boudet
Toute lecture conduit à une interprétation. En toutes circonstances, celle-ci est tributaire d’une volonté exprimée plus ou moins subtilement par l’auteur. Si l’interprétation d’un texte est quelquefois le fruit de l’imagination sans frein du lecteur, elle est le plus souvent orientée par un mot, une phrase ou même le style. La lecture que l’on peut faire de cette page 170 de la VLC n’est pas totalement libre d’interprétation, dans la mesure où plusieurs mots du texte ont été choisis à dessein. L’intention a été délibérée et un petit rien dans cette page en témoigne.
Reprenons le texte : « …Ce dernier terme permet de trouver aisément la clef de l’énigme. Il se compose du verbe to trow (trô), imaginer, penser croire, et d’un autre verbe to head (hid), prendre garde, faire attention, - trowhead (trôhid). »

 

La phrase ci-dessus donne à nouveau un jeu de possibilités, occasionnées soit par la signification effective des termes, soit par leur prononciation authentique ou suggérée par l’auteur.
*To trow (inusité) signifie en effet : penser, croire, imaginer
*To head, quoique riche de traductions possibles, ne signifie en aucun cas : prendre garde, faire attention. Voilà une invention de l’abbé qui nous incite ainsi à… faire attention. Le sens commun de head est : tête.
-Mais encore    : to head (transitif) = indiquer,
                            head (substantif)  = bout
                            head (adjectif) = premier, essentiel
« Penser à la tête» ne voudrait rien dire. Reprenons comme l’indique l’abbé, à travers la prononciation proposée : « to trô hid » Un trou caché ? Sans doute oui, comme il est signalé par un auteur et rappelé au tout début de cet article. On peut aussi traduire en usant diversement du sens littéral et de la phonétique :
« penser à l’essentiel » - « to trow to head = tu trouves le bout »  ou encore « tu trouves l’indication ».
La meilleure conduite toutefois consiste à suivre le conseil de l’auteur qui nous dit en quelque sorte : faire attention à ce qui  est caché (hid ). Or justement, head ne se prononce pas « hid » mais « hed ».  Que nous ne manquons pas de reconsidérer phonétiquement dans la langue affectionnée par l’abbé : la vraie langue celtique. « Head » c’est à dire « hed » sonne comme le « ed » breton qui signifie… blé.
* Traduisons enfin : « to trow to head » = penser au blé. (ou « tu trouves tout le blé »). Il reste évidemment à déterminer la nature réelle et la couleur de ce « blé ».
Interprétation fantaisiste ? Ou excessivement libre ?  N’est-ce pas l’abbé qui nous suggère dans les dernières lignes : « Aux Druides, d’après la signification de leur nom, étaient imposée l’obligation d’imaginer… » Nous avons obtempéré : en suivant la signification du nom des druides, nous avons imaginé…
 
* Monsieur Boudet d’ailleurs a signé en bas de page. Un petit rien qui cependant atteste de sa volonté de nous convier à cette curieuse alchimie.
Incriminer le hasard reviendrait à conclure que l’abbé était négligent ou incompétent. La  pratique d’ailleurs lui est habituelle : je l’ai relevée plusieurs fois dans le livre et toujours, elle apporte la confirmation de ce que l’auteur a suggéré dans le cours de la page correspondante.
 *   (1) Pline. XVI. C. XLIV     Cette référence est fausse.
En effet, la phrase citée « Point de sacrifice… » ne se trouve pas dans le chapitre XLIV. Elle figure au dernier chapitre du livre XVI, numéroté XCV.
Le chapitre correspondant à la référence citée par l’abbé concerne les arbres « qui passent pour donner des fruits toute l’année » ; Et Pline de citer : « …le citronnier, le genévrier …/…toutefois le plus admirable est le pin…/… Le mois même où l’on cueille une pomme de pin, une autre mûrit et l’arrangement est tel qu’il ne se passe pas un mois sans qu’une pomme ne mûrisse… »
Le symbolisme du pin et se son fruit la pigne (ou pomme de pin) qui  fait écho à cette caractéristique que Pline rapporte ici, résulte en effet d’une observation de son feuillage – persistant – et du processus de floraison et de maturation de ses fruits. Il se traduit en conséquence par une notion de fertilité, d’immortalité : le pin est l’arbre de vie.
Toutefois les mêmes traits s’appliquent également aux agrumes, et ce n’est donc pas sans raison que Pline cite le citronnier. Je connais pour ma part le bigaradier ou oranger amer où l’on remarque ces caractéristiques mieux encore que sur le pin du fait de ses fleurs d’un  blanc éclatant au pédoncule rouge. Il produit au plein cœur de l’hivers et simultanément, des fleurs, des fruits en formation de toutes tailles et des fruits murs.
Ainsi, « l’erreur » de monsieur l’abbé suggère un lien vers les pommes de pin et les pommes d’or, oranges ou citrons, du jardin des Héspérides. Elle ponctue cette page où, avec assiduité, il s’est efforcé de nous désigner discrètement les deux fonctions essentielles des druides, démarche qu’il poursuit d’ailleurs tout au long du livre. Les Druides, « hommes du chêne »,  sont tout autant alchimistes que guides des hommes dans leurs préoccupations spirituelles.
 

 

* Arbre et fruit défendus   Après lecture de cette page et des suggestions de Pline qui tendent à confirmer que le blé de l’abbé Boudet était de couleur blonde et alchimique sa nature, l’inventaire des mêmes composants nous invitent à revenir sur l’épisode du fruit défendu dans le paradis terrestre. Un arbre, un serpent, une connaissance cachée, dont l’acquisition ouvrit aux hommes les portes de l’enfer ? Quelle était donc la couleur de la pomme ?
Il y a pour le moins dans ce récit les ingrédients d’une allégorie du Grand Œuvre et les similitudes apparaissent plus évidentes encore lorsqu’on le parcourt dans les détails. En vérité, s’il est un fléau qui frappe l’humanité, de toutes parts et en tous temps, c’est bien le goût de l’or. Essayons de rêver : qu’en serait-il aujourd’hui si nos ancêtres  avaient respecté l’interdit de Yahvé ? Si l’on pouvait réécrire l’Histoire !
Quelqu’un a rédigé une correction au récit de la Genèse, d’une très curieuse manière. Il nous l’a livrée pour que chacun tire à sa guise l’épilogue de l’histoire…

 

 
II - Les intentions de l’abbé Boudet
Il faudrait pour en traiter plus sûrement, une autre plume et d’autres connaissances. L’idée principale cependant que j’en ai retenue tient en quelques phrases.
Deux aspects essentiels se dégagent de la lecture de la Vraie Langue Celtique.
1 – Nous y relevons une évocation d’évènements anciens qui se seraient déroulés sur le territoire de Rennes les Bains. Dans le même temps, l’auteur délivre selon divers procédés les informations utiles à localiser sur le terrain des sites en rapport  avec cet épisode. C’est la partie essentiellement concrète du récit. Cet aspect là ne permet pas d’approximation : le document doit apporter la précision nécessaire à l’aboutissement de la recherche.
2 - Le livre fourmille d’autre part d’indications diverses, disparates, d’apparence annexe ou confuse. L’imbrication des deux aspects rend leur déchiffrage et leur discrimination difficiles. 

 

Le document dans son ensemble fait penser à une conférence à laquelle nous aurait conviés l’auteur.
Son intention première est de prendre position dans un contexte politique et social. Il est de convictions royalistes, comme son voisin Bérenger Saunière, curé de Rennes le Château. Il entend par cette action participer au mouvement de défense de l’ordre ancien et de ses valeurs, préoccupation essentielle de la majorité du clergé de France.
A la différence de la frange royaliste du pays qui s’oppose essentiellement au changement politique, l’Eglise redoute encore à travers celui-ci un mouvement plus profond mettant en cause les mœurs, les modes de pensée, la foi. Le responsable désigné n’est pas le tribun anticlérical, mais davantage ce que recouvre un mot, en forme d’épouvantail : le progrès. Le 19ème siècle est le temps des changements : tous les secteurs en sont l’objet. La science, qui en est le moteur, réduit chaque jour la part d’ombre qui subsiste des grands mystères. Un sujet après l’autre, cas après cas, elle éclaire de sa vérité les interrogations qui ne trouvaient de réponse que dans le domaine du surnaturel. « Là où la science passe, la foi trépasse » a-t-on pu lire.
Sachant l’évolution scientifique irrépressible, quelques membres du clergé, plus ardents, optent pour une défense appropriée faisant appel, avec les mêmes procédés, à une forme d’exploration scientifique d’une histoire passée des hommes, qui fut toujours empreinte de spiritualité. Ces gens sont des érudits : de nombreuses disciplines sont associées à leurs recherches, dont c’est là pour quelques-unes le balbutiement. Parce que leurs analyses ou leurs conclusions souvent frôlent les marges de l’Enseignement, parce que leurs découvertes aussi en franchissent parfois les limites ou en démontrent les erreurs, parce qu’enfin leur démarche n’est pas particulièrement appréciée de leur hiérarchie, ces chercheurs se tiennent quelque peu à l’écart, dans un courant nommé depuis : ésotérisme chrétien.
L’abbé Boudet est proche de ceux-là. Il dispose d’arguments rares et qu’il pense conséquents.
*Il fait donc à l’assemblée l’exposé de ses découvertes : sur le territoire de ce qui est aujourd’hui sa paroisse vécut, il y a très longtemps, une civilisation qui a laissé l’empreinte de son existence, de sa culture et de ses croyances.
*Il fournit les preuves de ses affirmations et localise ces traces.
*Son but est de montrer que la spiritualité est aussi vieille que l’homme lui-même. Qu’elle n’est pas le fruit des pressions et des manigances d’un clergé, mais que la nature elle-même l’a imposée, comme le froid ordonne de se vêtir, comme la faim ordonne de manger…
*Qu’il existe donc une logique de la foi.
*Que le christianisme n’est pas né d’un calcul politique à vue hégémonique ou des théories divergentes de quelques sectes. Qu’il s’inscrit au contraire dans une continuité puisque ces peuples de l’antiquité possédaient déjà les notions fortes de sa doctrine: l’immortalité de l’âme, le sens du sacrifice rédempteur, etc. Qu’il puise là une sorte de légitimité. (Argumentation évidemment sans arrière pensée dans l’esprit de l’auteur et cependant déjà marginale vis à vis de l’Enseignement)
Mais l’orateur n’expose pas ces attendus.  Il ne prononce que l’énoncé : sur le territoire de Rennes les Bains, vécut autrefois une civilisation dont voici les traces de son existence et de ses croyances.
Il soumet toutefois à l’auditoire  des mots qu’il écrit au tableau noir, des morceaux de phrases, des nombres, qu’il puise ici et là dans l’Ancien Testament, chez quelques auteurs choisis, auprès des historiens ou des archéologues.
« A vous de découvrir l’opportunité de mes suggestions, d’en déterminer et développer leurs prolongements, de les confronter et les ajuster aux données de mon énoncé. »
Ce sont des pages et des livres tout entiers qu’ouvrent alors le lecteur, cachés derrière une phrase, sous une métaphore, dans un jeu de mot. Le style, les contradictions, la typographie même, tout contribue à étendre le champ des investigations afin de donner à ce lecteur les matériaux qui lui seront utiles à forger son jugement.
Sans doute trouvera-t-on excessives mes extrapolations. Il me paraît acquis néanmoins que, hormis les indications utiles aux découvertes sur le terrain, le type d’écriture qu’a utilisée l’abbé ne délivre pas des « clés » qui ouvriraient à coups surs telle ou telle serrure. Elle désigne seulement des orientations, des portes afin que puissent courir nos propres réflexions. Insensiblement alors, dans le dénouement des idées enchevêtrées et la mise à jour de pages d’Histoire passée, à l’aide d’imagination, de tâtonnements, de retours sur soi, le lecteur peut rejoindre l’abbé Boudet dans son mode de pensée, auquel le rationalisme scientifique ne peut donner accès.
La Vraie Langue Celtique ne s’adressait pas à tous ; son aspect hermétique opérait évidemment une sélection et, ne permettant d’y discerner aucune outrances, le mettait à l’abri d’éventuelles sanctions de sa hiérarchie. En outre, ce mode de rédaction aujourd’hui encore, comme une leçon appliquée, entraîne le lecteur à  juger de l’interdépendance entre les choses, entre les évènements, leurs causes et leurs effets, principe dont il vérifiera justement l’existence en explorant le domaine de la spiritualité à travers les nombreuses ramifications que lui propose l’auteur, son éclosion et son vécu, l’étendue et la profondeur de la fonction sacerdotale.
(La diversité qui apparaît aujourd’hui des nombreuses études proposées autour de l’énigme de Rennes n’est donc pas contraire à l’esprit de la Vraie Langue Celtique. Littérature, arts et notamment peinture, astronomie, histoire, topographie, exégèse, mythologie, cabale, gématrie, les genres explorés sont innombrables et tous trouvent un écho dans la VLC où l’auteur les a diversement exploités. Leur foisonnement sous sa plume y apparaît comme une revendication de l’étendue et de la richesse culturelle d’un patrimoine acquis « autrefois» et dont il redoute l’abandon
 Par crainte d’en oublier, je ne pourrai nommer ces diverses études. Elles sont aussi l’occasion pour tous, auteurs et lecteurs, d’échapper à une forme de robotisation à laquelle les usages de la vie moderne ont tendance à nous confiner).

 

* Les références à l’alchimie.
Il reste la question dérangeante de l’alchimie, que l’abbé Boudet  n’a  cessé d’évoquer tout au long de son livre.  Pourquoi dérangeante ? Parce que l’alchimie recouvre dans l’esprit de la plupart d’entre nous un ensemble de considérations qui présentent, au premier abord, bien peu de rapports avec la doctrine du christianisme, dans ce que celui-ci représente d’aspiration à la spiritualité, à l’effacement et au dépouillement. Il est pourtant passé outre cette contradiction et a choisi ce thème comme fil conducteur de son exposé. La page 170 fournit un exemple de ce genre de références discrètes à « l’Art de la Pierre » et l’on s’interroge sur cet aspect si manifeste de la communication de monsieur l’abbé, sur sa constance même tout au long des 310 pages du livre.
Tout aussi étonnante apparaît la référence à l’alchimie que l’on découvre dans les édifices et l’art religieux.  On la soupçonne même dans la Bible et les Evangiles. Est-il possible que l’alchimie, le goût de l’or, soit la préoccupation première de l’humanité, au point que nous en retrouvions trace au cœur même des textes sacrés ? C’est invraisemblable. La mort, la vie, la survie et bien d’autres notions l’emportent largement. C’est pourquoi l’explication fournie par le clergé convient généralement : le processus alchimique dont nous voyons la représentation dans l’art religieux est un recueil d’images et de symboles du cheminement intérieur que tout homme se doit de parcourir pour retrouver sa condition initiale, celle qui était la sienne avant « la chute ».
Soit, mais une question pourtant nous rattrape : authentique panacée pour les uns dont la connaissance est espérée entre toutes ; savoir redoutable pour les autres, fléau de l’humanité, d’où vient l’importance attribuée au processus alchimique et son caractère d’universalité ?
On devine le sujet immense ! Nous pouvons cependant chercher dans l’œuvre de l’abbé Boudet, à travers l’aspect alchimique qu’il lui a imprimé, les motifs de sa démarche. Sans doute ne serons nous pas loin alors d’une réponse plus générale.
Le caractère alchimique de l’énigme de Rennes se décèle en lisant La Vraie Langue Celtique et dans l’observation de la décoration de l’église de Rennes le Château et des divers emménagements de ses abords. Ces travaux  entrepris par l’abbé Saunière constituent une application des suggestions de l’abbé Boudet.
Bref rappel : le lieu déterminant de ce processus alchimique se situe sur le territoire de Rennes les Bains, au centre d’un phénomène géologique qui a suscité dans un très lointain passé une vénération et un culte parmi les populations locales Cette « alchimie » semble tributaire d’une opportunité minéralogique rare par sa diversité, liée à ces mêmes caractéristiques géologiques.
Pour qui se penche sans à priori sur cette affaire, il ne fait pas de doute que la montagne Cardou et le terroir qui l’entoure ont été le lieu d’un événement important, tant les manifestations qui en témoignent abondent, de toutes parts et de toutes les époques.
*(Diverses données sur ces sujets ont été acquises à la suite de longues investigations. Il en est fait état dans d’autres documents que l’on peut lire sur ce site.)
Le sentiment toutefois que laisse la revue de toutes les informations collectées est  davantage celui d’un « moment primordial ». La topographie montre une ébauche de rituel très rudimentaire, comme si l’on s’était appliqué à reproduire en signe de vénération les motifs d’un étonnement exceptionnel. On songe à une révélation ou un éveil. Ce rituel témoigne aussi de connaissances scientifiques certaines, mais à nouveau élémentaires, qui font penser aux prémices d’une science en développement.
Alchimie enfin. L’abbé, durant trois chapitres et à travers les citations de l’Ancien Testament, suggère une science acquise de Dieu. Le rapport des archéologues attribue la connaissance des métaux à des circonstances fortuites : ils en décrivent même le scénario probable. Ainsi de la découverte du cuivre, puis du fer, des premiers alliages peut-être, au cours de bivouacs dans des cavernes richement minéralisées. Les mêmes conditions requises d’un tel événement se retrouvent à Rennes. Inutile d’en préciser davantage. Avant que l’homme se soit soucié d’obtenir de l’or, il est fort probable qu’il s’est exercé à l’usage d’autres métaux plus élémentaires. La « science des métaux » dont nous parle l’abbé, a nécessairement précédé l’alchimie.
Voilà deux éléments clés, deux facteurs de natures distinctes (spirituelle et alchimique) et cependant indissociables puisqu’un même lieu en est le siège désigné. Sur ce constat, l’auteur de la VLC développe alors longuement au sujet des Druides et de leur rôle dans la société celte.
Les Druides, ainsi que le dit l’abbé, « étaient chargés d’enseigner les sciences divines et humaines ». César, cité encore par l’auteur, ajoute « … ils traitent aussi du mouvement des astres, de la grandeur de l’univers et du monde, de l’essence des choses, de la puissance des dieux immortels, et enseignent ces doctrines à la jeunesse. »
Monsieur l’abbé nous surprend davantage en affirmant que les Druides avaient encore pour fonction de veiller au secours matériel des hommes et notamment à leur survie alimentaire ! Il faut lire La Vraie Langue Celtique pour réaliser la gymnastique à laquelle il se livre afin de nous persuader que le rôle primordial des Druides était de distribuer du blé aux hommes !
Lorsque l’on comprend enfin qu’il fait allusion à la pratique de l’alchimie, notre étonnement grandit d’autant. Plus encore en apprenant que les Druides, alchimistes qui  faisaient profiter le peuple de leurs savantes opérations, ont un jour enseigné leur art aux prêtres de l’Eglise de Rome, lesquels  ont poursuivi le même apostolat en s’aidant du même don du ciel.
Négligeons l’aspect anecdotique du récit de l’abbé pour ne retenir que le schéma qu’il a ainsi tracé. Ne doutons pas que ce soit là d’ailleurs l’essentiel d’une démarche qui visait tout autant un effet pédagogique sur ses lecteurs qu’une revendication adressée au gouvernement républicain. Implicitement, son exposé désavouait les mesures d’éloignement du clergé, l’enseignement laïque, la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
En guidant le lecteur dans la découverte de son terroir, en lui dévoilant l’atout exceptionnel qu’il recelait, il l’emmenait dans le même temps à poser lui-même les données de l’équation : puisque ici exemplairement, science, survie, richesse et action de grâce ne devaient qu’à un même phénomène, aucun enseignement ne devrait dissocier les aspects scientifiques, philosophiques et religieux d’une même observation ou d’une même découverte. Tel le concevait d’ailleurs les grands philosophes et mathématiciens d’autrefois
- En évoquant la présence continue d’un clergé aux alentours de Cardou depuis successivement les prêtres d’un culte primitif, puis « les hommes du chêne », Druides du peuple celte, les missionnaires chrétiens, envoyés de Rome, jusqu’enfin eux-même, modestes curés de province, il dessinait l’image d’une fonction sacerdotale aux dimensions insoupçonnées. Par-dessus le temps, les religions, les civilisations et les gouvernements, traitant du ciel et de la terre, l’ampleur et la diversité de ses connaissances et de ses attributions, tout la faisait alors apparaître au lecteur aussi naturellement nécessaire aux hommes que leurs faiblesses étaient fatales et leur sort incertain. En cela, il posait la question du pourquoi et des conséquences de la disparition du clergé.

  

III – Evolutions de l’affaire
Les créations et transformations entreprises à Rennes le Château par l’abbé Saunières avaient pour but de préciser des informations déjà présentes dans l’œuvre de monsieur Boudet, soit dans le texte, soit sur la carte jointe, mais dont la lecture sous ces aspects ne permettait pas une application concrète, aussi aisément qu’il le souhaitait. Ces informations sont de nature topographique et alchimique. Elles se découvrent dissimulées sous divers artifices, selon la méthode déjà éprouvée dans la VLC.
La part des informations à visée cartographique revenait essentiellement à l’édification du « domaine » de l’abbé Saunière, à travers notamment le plan architectural. Quelques mentions moins importantes se découvrent également dans l’église et les abords. Opération globalement réussie. (La clef du domaine – Thierry Espalion, Gérard Piedevigne – 2009)
Le volet alchimique est lisible dans les emménagements et la décoration de l’église et du jardin attenant. Dispensé principalement à l’aide de symboles ou de compositions allégoriques. (Des artistes et des pierres dans le Razès – Gérard Pidevigne – 2011)

 

A cet ensemble organisé par les deux abbés, il convient de joindre les actions postérieures décidées au sein de courants philosophiques proches ; actions entreprises dans le but d’apporter des éléments nouveaux, censés faciliter le décryptage du message initial.
L’intention des deux prêtres n’a pas été perçue dans le sens où ils l’espéraient. Sans doute parce qu’ils n’ont pu en exposer dans le milieu catholique tous les tenants et aboutissants. Leur action est restée d’un bout à l’autre sous l’insigne de l’ésotérisme. Malgré ce qu’il en paraît le soutien, financier notamment, est resté limité aux collectes de quelques prêtres partageant leur point de vue. L’Eglise, informée ou non, n’a visiblement pas adhéré. Le pape Léon XIII d’ailleurs avait tranché et décidé de la ligne du clergé de France.
Enfin, la cause essentielle tient à ce que les raisons qui avaient motivé leur démarche, très rapidement n’ont plus été d’actualité. En quelques dizaines d’années, la situation politique avait évoluée et s’était stabilisée en un modus vivendi, pour ce qui concerne la place de l’Eglise et de l’enseignement religieux dans la République. L’ardeur de chacun des partis sur ces sujets était largement retombée, diverses causes (dont deux conflits majeurs) ayant emporté les préoccupations de tous.
 
Plus tard
Les premiers observateurs ont été attirés par le caractère insolite de l’affaire, les réalisations de monsieur Saunière contrastant évidemment avec la modestie du village isolé de Rennes. Il fut aussitôt conclu à une disponibilité de fonds secrets, à la découverte d’un trésor.
Le venue à l’énigme de Gérard de Sède  a infléchi le cours de cette histoire. Son livre a suscité la curiosité, soulevé des passions. Qu’elle soit née de lui ou de ses associés, messieurs Plantard et De Cherisey, le texte ne dissimule pas  l’idée maîtresse : pour eux, la solution de l’énigme était au bout d’une piste Alchimique. Gérard de  Sède n’a pas fait d’autre lecture de la démarche des abbés.
On ne trouve bien que ce que l’on espère, dit-on, et peut-être était-ce là la raison de leur choix. En y revenant aujourd’hui pourtant, une autre cause me semble possible : elle tient à la difficulté d’interpréter les symboles. Ceux-ci constituent l’essentiel du mode de communication mis en place à Rennes le Château. L’observateur peut les découvrir dans la statuaire, les peintures, les vitraux, les agencements, les sculptures, etc.
Il ne fait aucun doute que l’abbé Boudet a voulu ainsi agrémenter son exposé d’un recueil d’images, comme une vitrine, dans le but probable d’alerter, de suggérer à l’adresse d’un plus large public, une attention et une lecture plus affûtées.
 Il est vrai qu’un message formulé à partir de symboles visuels est plus accessible et plus rapidement que son semblable rédigé sous forme littéraire. Mais – l’abbé l’a-t-il mesuré ? -  il ne délivre pas les diverses subtilités qu’un texte permet de développer à loisir. Si Rennes le Château est un reflet de La Vraie  Langue Celtique, il n’en exprime toutefois qu’un aspect. Les contextes historique et religieux sont absents  ou ne sont pas perceptibles.
Pour quelque  raison que ce soit, la quête de De Sède et de ses amis est donc restée celle de l’or alchimique. La lecture de leurs ouvrages n’en laisse pas de doute. Eux-mêmes ont d’ailleurs fait usage à leur tour de diverses allégories de l’Oeuvre. Ces symboles en  surabondance enfin (message initial des abbés, ajouts postérieurs de tiers, documents de Sède !…) ont causé et entretenu une confusion certaine. Quelques observateurs ont pu ne pas déceler le sens alchimique que recouvraient les allégories et leur découvrir une toute autre signification : ils les ont pris en quelque sorte « au pied de la lettre ».
De là sont nées probablement, parmi les diverses hypothèses formulées autour de cette énigme, quelques propositions étranges, très osées parfois et même la légende de ce « grand secret » qui ferait dit-on trembler l’Eglise s’il était dévoilé…

 

IV - Des pommes ? Oui ! Mais encore ?
Que n’a-t-on pas écrit, que n’a-t-on pas dit au sujet de l’énigme de Rennes ! Que n’a-t-on pas entendu !
« C’est rien que des foutaises !.. »
« Un truc de dingues ! »
« Ils perdent leur temps… Si ça les amuse ! »
« Des rêveurs… ou des illuminés ! »
« Des gens qui travaillent du chapeau… »
On a beau faire la sourde oreille et le gros dos, l’écho encore nous rattrape. On voudrait alors aller plus loin et plus vite. L’âge et le froid nous rendent hésitants. Pire, c’est la santé qui chancèle et nous inquiète. Puis les souvenirs se pressent… Il y a des jours pareils où rien ne va, où sans savoir pourquoi, vous prenez un coup de bourdon…
Je sais que l’on ne me croira pas : ceci est  pourtant vrai. Au moment où dans ma tête je répétais le mot « bourdon », j’ai soudain songé au tableau du pape ! L’obsession, évidemment, était cause de ce raccourci. Il est vrai que cette image me préoccupait encore jusqu’à cet instant.
Le « tableau du pape, pomme bleue » est une adaptation de la lame V du jeu de tarot. Le modèle que nous connaissons dans le cadre de cette énigme dérive du dessin initial de Jean Noblet, réalisé en 1665, repris en dernier ressort par Oswald Wirth. Jusqu’à ce jour cependant, c’est moins le tableau qui m’interrogeait, ni  même son auteur, que la représentation du pommeau au bout du « bourdon » du pape
Le jeu de Tarot est réputé véhiculer des messages cachés. La lame V du dessin de Noblet permet de vérifier ce soupçon. Son tracé représente grossièrement les lieux tout autour de Cardou où se cache le cœur de notre énigme. (Ce sujet a constitué le premier chapitre du livre « Des artistes et des pierres… » Voir également « La clef du pape »)
Le tableau du pape ne peut manquer d’interroger l’observateur par l’écho créé entre la représentation du pommeau  bleu, fiché en haut du bâton et les termes « pommes bleues » de la phrase cryptée et célèbre désormais : « BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI  PAR LA CROIX ET LE CHEVAL DE DIEU A MIDI POMMES BLEUES »
Inutile de revenir sur les investigations passées : elles sont à disposition à travers les documents lisibles sur ce site (« Un peu de ciel sur la terre » notamment)
 « Pommes bleues » localise un lieu précis que l’on découvre à l’issue d’un cheminement. Immanquablement, qu’il parte du chemin de croix de Rennes le Château ou bien de la croix de la Mourette, l’observateur arrive par l’un ou l’autre chemin à « pommes bleues »

 

Pourquoi une pomme « bleue » ?
Il restait cependant une inconnue, de peu d’importance en regard des données essentielles, mais irritante par sa persistance : pourquoi l’auteur de la phrase ci-dessus, comme aussi bien le concepteur du tableau « pape, pomme bleue » avait-il renoncé à la couleur dorée, choisie par Noblet et Dodal ?  Pourquoi avait-il opté pour la couleur « bleue » ?
La pomme dorée de Noblet faisait évidemment référence aux fruits du jardin des Hespéride (et par conséquent à l’alchimie) voire à la pomme de discorde. La présence d’une pomme dorée convenait donc pleinement pour situer à la fois l’aboutissement d’un cheminement et tout au bout l’Oeuvre  alchimique enfin maîtrisée. (Voir toujours à ce sujet « Un peu de ciel sur la terre »)
Il s’agissait donc de découvrir une signification à ce « bleu » qui soit compatible avec l’idée d’un travail alchimique et l’évocation d’une pomme. Rien n’est venu jusqu’à ce coup de bourdon.
Tandis que mes yeux s’attardaient sur le pape, sur le « bâton-bourdon-méridien » et le pommeau bleu, je me demandais s’il était bien sage à la fin de se crisper sur de telles futilités ? N’y avait-il pas mieux à faire  que s’attarder aux coïncidences et aux évocations d’une expression ? Rien n’y fit, au contraire.  Machinalement j’entrepris la révision des diverses locutions qui m’étaient connues pour exprimer ce malaise :
- Avoir le bourdon –  avoir le cafard – des idées noires – du vague à l’âme – la déprime – le moral en berne – le blues … ! Avoir le blues ?! L’abbé Boudet n’aurait pas raté celle-là !  J’avais le bâton et la couleur de la pomme !
Il fallut vite déchanter : une pomme triste ! Ca n’avait pas de sens. Puis, ça devenait désespérant de tourner en rond de cette manière. Un truc à broyer du noir, vraiment…
J’en suis resté deux secondes sans réaction ! Broyer du noir, c’était du blues évidemment ! Et celle-là avait un sens ! Broyer du noir !
 Littéralement, c’était ce qu’il fallait faire, une fois parvenu à la hauteur de la pomme sur le méridien. Il suffira au lecteur de relire l’abbé pour y retrouver la trace de ce « noir » dont il signale quelques gîtes fameux dans les environs. Ou St Thomas d’Aquin, ou Fulcanelli et les autres… La préparation consiste bien à réduire ce noir en fine poudre.
Voilà donc pourquoi monsieur Boudet avait peint la pomme en bleu : pour qu’elle nous mène à travers « le blues », vers cette locution. Sans doute espérait-il encore que nous sachions la lire dans son sens premier : « broyer du noir ». Il n’avait aucune raison de supprimer la pomme ou la remplacer, puisqu’il fallait au contraire qu’elle actionne la référence à l’arcane V de Noblet et aux tracés cartographiques qui y sont dissimulés. Pour apporter cette précision alchimique, il ne pouvait jouer que sur la couleur de la pomme.
Pourquoi ai-je voulu alors vérifier ? Je ne sais. Inutilement d’ailleurs, puisque le lexique traduit bien en langue anglaise l’expression  broyer du noir  par : « have the blues ». Il en donne une autre, juste en dessous : « mope » !  Ca ne s’invente pas  ces choses là !
Il suffit de faire une petite inversion, comme sur les parchemins ou les tableaux. Chacun le sait : l’effet miroir, c’est la potion magique de l’énigme.
Pomme bleue  et  mope – blue….  C’est signé : abbé Boudet, jongleur des mots et des idées !

  

Côté jardin
«… Quelqu’un a rectifié le récit de la Genèse… »
Il s’agit de l’auteur du « Tarot de Marseille » dont on ignore le nom. Cette imagerie serait apparue très tôt au cours du moyen âge.
L’image de l’Arcane V nous est connue, puisqu’elle préfigure celle du tableau « pape, pomme bleue ». Le Grand prêtre, personnage central, se tient debout ou assis face à deux ecclésiastiques. Il semble délivrer un enseignement dont l’objet serait le bâton qu’il tient de sa main gauche et que désigne son autre main.
Que lit-on ? Le Grand Druide a maîtrisé le serpent en lui imposant sa règle (le serpent en est raide comme un bâton !). Puis il a capturé la pomme et l’a plantée sur la tête du serpent. Le grand prêtre arbore ainsi son trophée et nous dit : «Il n’y a plus de péché originel ». 
L’adaptation qui fut faite plus tard de cette scène, montre sans équivoque sous le personnage central, l’image du pape. La transcription se précise  : « Par votre baptême et votre fidélité à l’Eglise de Rome, vous serez libéré de la faute originelle ».
Arrive alors monsieur Boudet et sa pomme peinte en bleu, qui nous fait ainsi remarquer qu’auparavant celle-ci avait une couleur dorée. Nous lisons différemment : « Le serpent est enfin inerte et libère la pomme d’or, fruit de son sacrifice ». Autrement dit : « L’Eglise détient le secret du Grand Œuvre ».
Voilà que recommence la ronde des hypothèses alternatives !  Ca n’en finira jamais. L’énigme de Rennes connaîtra encore de beaux jours !

  

  - La Clef du pape  (Thierry Espalion - Gérard Piedevigne )                  Texte déposé     Février 2012 
  - La Clef du domaine - Thierry Espalion - Gérard Piedevigne 
  - Les prouesses d'un abbé cartographe - Thierry Espalion - 2011
  - Les monuments parisiens - Thierry Espalion - 2011
  - Des artistes et des pierres dans le Razès - Gérard Piedevigne
  - Un peu de ciel sur la terre - Gérard Piedevigne 
  -  www.rlcpiedevigne.onlc.fr